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<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Le tonnerre grondait, zébrant le ciel de sa lame argentée, déchirant les pans d'étoiles et illuminant le monde l'espace de quelques secondes. Mais aussi sourd et fort grondait-il, il ne parvenait pas à surpasser le bruit qui collait aux oreilles de l'homme qui avançait sous le torrent.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Chaque pas arrachait son lot de boue, collant aux semelles de cuir clouté. La pluie frappait son visage, maigrement masqué par la capuche déjà bien humide qu'il avait prêtée quelques minutes auparavant. Le déluge avait commencé à faire monter le niveau de l'eau, et la rivière qui bordait le Bastion avait déjà engloutie les berges et submergée le pont. Le sol était gorgé des larmes que le ciel versait sur lui, le lieu apparaissait désormais comme un vrai marécage.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Il atteignit enfin sa demeure, ouvrant la lourde porte en bois, pénétrant bien vite dans l'espace chaleureux. Il prit soin de défaire les sangles de sa cape-capuche, la déposant sur un crochet de bronze qui trônait contre le mur de l'entrée. Elle ne sécherait pas complètement avant le lendemain, voire plus, mais il pourrait s'en passer si Drom se montrait plus clément. Il lui fallu quelques minutes avant de retirer complètement son armure, mais la récompense était douce. Un long soupir accompagna son geste lorsqu'il termina de la déposer sur son présentoir. Il n'avait gardé que son pantalon de cuir et ses bottes cloutées, ayant même retiré la chemise qui avait, hélas, pris l'eau sous son haubert. Massant ses épaules endolories, il se dirigea vers l'étage.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

La boue n'avait pas quitté ses bottes, et elle l'accompagnait, souillant les marches en bois. Arrivant dans sa chambre, il pris deux bûches qui patientaient dans un panier d'osier. Allumant le brasier qui allait éclairer et réchauffer la pièce, il finit par s'asseoir, dans un soupir.

Kareli ra'akih

Il resta un moment immobile, semblant endormi sur cette chaise qui l'avait accueilli. Un mouvement du menton en direction des escaliers, et l'homme se redressa. Il profita du mouvement pour retirer ses bottes, avant de se diriger vers un bac d'eau surplombé d'un miroir. Il soupira à la vue de son visage, Daragh soit imploré, il avait vieilli. Quelques petites rides apparaissaient aux extrémités des yeux, par les Neuf, son sourire constant n'aidait pas à empêcher celles-ci de se développer. La quarantaine n'allait pas tarder à frapper, et il se demandait déjà si des pigments argentés n'allaient pas poindre sur sa tignasse brune. Il passa un peu d'eau sur son corps avant de se sécher rapidement, enfilant l'une des chemises fines qu'il avait à ses côtés. Dans un mouvement, le tatouage de Cerf disparut derrière le tissu. Il revint finalement s'asseoir, soupirant de nouveau.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

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Son bureau ressemblait plus à un champ de bataille qu'à ce qu'il était autrefois. Littéralement. Des cartes s’amoncelaient, surplombées par des petits drapeaux et des parchemins divers. Il avait depuis longtemps renoncé à laisser son bureau indemne, jadis lieu de détente et d'écriture, ce n'était aujourd'hui plus qu'un rappel du travail constant et des problèmes à résoudre.

Les récents événements l'avaient contraint à délocaliser son lieu de travail chez lui, dans sa demeure du Bastion. Perce-Saule était trop éloignée et la salle du Meneur trop longue à atteindre. Il avait préféré recevoir et travailler chez lui. Son lit était toujours impeccablement fait, ce qui impressionnait parfois les visiteurs. Mais son petit secret résidait dans ses nuits interminables à se pencher sur les solutions envisageables à un conflit qui ne semblait pas avoir de fin. La plupart du temps, il se réveillait aux aurores après quelques heures affalées sur ces cartes qui s'accumulaient.

Dore'khans, rebelles partisans de la Matriarche déchue, ennemis extérieurs et surtout, le coma du Meneur ... tout revenait pour l'empêcher de se reposer. Il pouvait bien sûr compter sur les autres personnes, mais le Cercle Dirigeant devenait plus mince. Deux des membres étaient portés disparus, seuls restaient les éternels conseillers Sarophas et Beauregard ainsi que la Dame-Général Elhorn. Et ces migraines qui ne partaient pas.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Le bruit ne partait pas, impossible de dire s'il provenait des méandres de son esprit où s'il était causé par quel-...

<< Navré du retard, tu n'es pas rentré tôt aujourd'hui. >>

La silhouette émergea des escaliers, ses cheveux blancs cascadant sur ses épaules. L'homme lui répondit avec un maigre sourire, hochant la tête.

<< Encore un problème avec les Dore'khans n'est-ce pas ? >> questionna le nouveau-venu. << Ah ne fais pas ces yeux là, tu sais que tu peux tout me dire, Lanras. >>

Le visé haussa les épaules, s'enfonçant un peu plus dans cette chaise qui le voyait travailler, manger et dormir.

<< Ils n'en ont pas terminé. Et ils en ont après moi, ils saccagent les temples et s'en prennent au peuple pour m'appeler désormais. Ils revendiquent ce Royaume alors qu'ils ne peuvent vivre hors des eaux, c'est incompréhensible. >>

<< Tu sais, il faut parfois admettre que certains ennemis n'agissent pas par logique. Chercher à prévoir, anticiper et comprendre leurs actions ne fera que te faire descendre dans la folie. Il te faut cerner cela. >>

Lanras hocha la tête.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Le bruit arracha une grimace au Croc, il revint masser ses tempes avant qu'une main chaleureuse ne se pose sur son épaule.

<< Encore ces douleurs ? Elles ne t'ont jamais vraiment quitté depuis- ... >> commença l'homme.

<< NON ! Non, je préfère ne pas en parler. >> interrompit brusquement le Général.

Quelques tremblements répondirent à la tentative de la main de venir caresser son dos. Ses doigts s'entremêlèrent dans les tresses de sa chevelure alors que l'individu s'éloignait de lui.

<Schplic, schploc, schplic, schploc.>

Le bruit se rapprochait. Il le voyait à présent, des petites variations dans l'air, des petites vibrations à chaque son, des petits mouvements qui sortaient du bois.

<< Je ne te comprends pas, Lanras. Tu n'étais pas comme cela autrefois, tu étais pur et doux, pourquoi me fais-tu cela, pourquoi ne m'écoutes-tu pas ? >>

L'intéressé agrippa fermement les bords de la table, se redressant avec difficulté. Quelques spasmes secouaient son corps. Il n'aurait jamais du parcourir ainsi la région sans protection dans le torrent diluvien qui frappait le Royaume, la maladie l'avait rattrapé. Il releva la tête vers l'ancien, ses yeux se révulsant à moitié.

<< Tu n'es pas réel, Père. >>

<Schplic, schploc, schplic, sch-.>
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Le bruit s'arrêta. La créature gravit les escaliers sans d'autres sons que les bruissements des feuillages extérieurs. Elle s'arrêta et fixa la pièce, vide, des cartes avaient été renversées du bureau, lui-même retourné. Pliant les genoux, elle se coucha et s'endormit.

En se réveillant le lendemain, Lanras n'eut aucun souvenir de la soirée. Il grogna alors que le cor l'appelait déjà à son devoir. Se lavant rapidement, essuyant son visage et son torse, il enfila l'une de ses chemises qui traînaient proche de lui.

Et le tatouage du Cerf disparut.

Prochain chapitre à venir

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