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Une journée maussade, sous la pluie et les vents froids du Nord. Voilà ce que vit Shalimar à son réveil, en observant par le trou dans le mur qui lui servait de fenêtre. Des trombes d'eau, qui ne cessaient de tomber depuis la veille au soir. Les bourrasques s'engouffraient dans l'ouverture, soulevent ses longs cheveux d'ébène alors qu'il courbait l'échine, frictionnant ses bras. Il se vêtit rapidement de son complet de cuir, ceint son fourreau à sa ceinture et enfila rapidement une cape bardée de fourrure, qu'il enroula autour de ses épaules pour protéger sa peau du froid et de l'humidité. Il sortit de la chambre d'un pas vif, ses pas résonnant sur les dalles des couloirs, perturbant le silence qui régnait. Les chemins qu'il empruntait était plongée dans une pénombre quasi-totale, seulement trouée par la lueur des torches flamboyantes accrochées sur les murs. Il n'eut pas le temps d'arriver à la Grande Salle qu'un cor résonnait à l'extérieur. Il se figea alors et tendit l'oreille, aux aguets, paume de la main sur la poignée de sa Lame.

C'est alors qu'un Homme en armes déboula en trombes dans le couloir, quelques mètres devant Shalimar. Il portait un casque étrange, masquant ses yeux, alors que son corps n'était recouvert que d'une cape de chanvre vermillon, ses jambes dissimulées derrière un long camail et un pagne de cuir. A ses pieds, des bottes de cuir rembourrées de fourrure. L'Homme tenait une longue lance dans la main, et tourna le visage vers Shalimar, se figeant dès qu'il l'aperçut, il se rua vers lui dans un cri guttural et leva sa lance pour l'abattre en direction de l'épaule de l'héritier. Ce dernier dégaina sa Lame d'un geste vif, la tirant du fourreau dans un sifflement étouffé, alors que l'acier venait trancher le poignet du soldat dans un bruit de succion horrible, digne d'un sifflement de goule. Puis, l'arme a double-tranchant vient s'enfoncer au travers du torse de l'agresseur, ressortant entre les omoplates. Shalimar recula vivement en retirant sa Lame du corps de son assaillant, retirant des lambeaux de chair et de peau alors que celui-ci s'écroulait mollement sur le sol dans un bruit mat et une marre de sang. L'héritier se mit alors à courir et vola hors des couloirs, arrivant devant les longs escaliers qui menait à l'extérieur du Fort. Et ce qu'il vit le fit trembler de peur.

A l'extérieur, une armée de soldats comme celui que Shalimar venait de tuer, prenait d'assaut le Fort, en hurlant comme des déments, produisant le bruit de milles Taurens en colère. Les Hommes de son Père se faisait submerger en maints encroits, s'épuisant rapidement sous les nombreux assauts des rebelles.

Bien qu'inexpérimentés pour la plupart, ceux-ci arrivaient à perçer les défenses et se rapprochaient de plus en plus du bâtiment principal, ou Hamilton, ses frères et la garde Royale les attendaient de pied ferme. Le Roi avait fière allure dans son armure de couleur écorce et vermillon, la pointe de sa Lame posée sur le sol. Ses deux frères, quant-à eux, restaient légèrement en retrait, chacun faisant tournoyer sa Hache avec lenteur, semblant attendre l'affrontement avec impatience. Leurs Loups, crocs dévoilés, étaient à leurs pieds, prêts à déchirer les chairs et les muscles et à faire couler le sang.

C'est alors qu'un groupe de rebelles parvint à pénêtrer les défenses, et s'approchèrent aussi rapidement que le vent du Roi. L'affrontement était inévitable, et les hommes de la Garde Royale se lançèrent en avant en criant le nom de Vargrim. Et bientôt, les Lames s'entrechoquèrent, les points acérées des Lances s'engouffrèrent entre les os, les boucliers d'acier brisèrent les mâchoires. La bataille battait son plein, et ses deux frères se lançèrent dans l'affrontement, Loups sur leurs talons, le Roi les précédant. Les trois hommes taillaient les chairs sur leur passage, les rebelles tombant les uns après les autres, sans pouvoir rien faire. Shalimar se lança à son tour dans la bataille, et suivit les pas de ses ainés, apportant autant d'aide que faire se pouvait. Les cris résonnaient dans les Forêts Bleues, les corps s'ammoncelaient sur le sol boueux, les armes éparpillés entre les cadavres.

Puis, après de longues heures de combat, les cris se turent, et les coups cessèrent de pleuvoir. Les rebelles étaient maîtrisés ou mis en fuite, prenant leurs jambes à leurs cous pour échapper le plus vite possible au courroux du Roi. Du moins, ils pensaient qu'il n'en restait plus ... Soudain, dans un cri puissant, l'un des rebelles se releva, aux portes de la mort, et s'élança en direction de Shalimar, Lance en avant. Celui-ci ne le vit pas arriver. Mais il ne sentit ni l'acier transperçer son corps, ni le sang couler sur sa peau. Il n'entendit qu'un bruit mat, un cri de détresse, et un grognement de douleur. Alors qu'il se retournait, il se retrouva nez-à-nez avec son frère ainé. Celui-ci se trouvait face à lui, souriant. Le sang coulait de ses lèvres, alors que la Lance ressortait de son thorax, l'acier ensanglanté. Il avait protégé son petit frère d'une mort certaine, en sacrifiant sa vie pour sauver la sienne. L'assassin fut aussitôt mis en pièces par les hommes de la Garde Royale, alors que le frère de Shalimar tombait doucement sur le sol, soulevant quelques floppées de boue. Il venait de se donner à la mort, mais il souriait, la pluie ruisselant sur son visage. Son cadet tomba sur les genoux, tentant de boucher la plaie de ses mains, hurlant à son frère de rester en vie, les larmes coulant sur ses joues. Shalimar était terrorisé. Son ainé attrapa alors ses mains et l'empêcha de continuer, tournant son regard vers lui.

- Arrête ... Il n'y a plus rien à faire ...

- Tu n'as le droit de partir !, criait Shalimar, en proie au désespoir.

- Ne me pleure pas, petit frère ... Honore ma mémoire, et ne pleure pas.

- Ne me laisse pas, je t'en conjure ..., alors que l'héritier, en pleurs, appuyait la main de son frère sur son front.

- Un jour, tu seras plus fort que moi, mon frère ...

Le frère ainé de Shalimar rit une dernière fois, avant de se figer à tout jamais, les paupières fermées. Il était parti en sauvant la vie de son frère, et Shalimar ne lui pardonna jamais son acte.


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